L’entrepreneur a « la tête dans le guidon » – Les Echos

 

LES ECHOS – LE CERCLE

par Jean-Baptiste BESSON

Le cyclisme fait le bonheur chaque année des millions de spectateurs devant les écrans de télévision du monde entier ou au bord des routes lors du Tour de France. Au-delà de l’épreuve reine, ce sont des millions de pratiquants qui toute l’année et sur tout le globe se retrouvent sur les courses professionnelles et amateurs, mais aussi sur les routes et chemins pour leur plus simple bonheur. L’entrepreneur, comme tout cycliste, se retrouve donc seul au commande sur des routes sinueuses, pentues, parfois glissantes, sous tous les temps, parfois sous un soleil éclatant, très souvent avec une météo plus capricieuse. La métaphore sportive est très régulièrement utilisée pour décrire l’entrepreneur. Les séminaires tout comme les coachs sportifs sont désormais des éléments réguliers de la vie d’entreprise, le sport étant clairement un élément clé d’un management réussi. Le cyclisme semble pourtant être un modèle bien plus pertinent pour l’entrepreneur, tant l’image d’Epinal de l’effort solitaire et endurant s’efface face à la complexité croissante de ce sport.

Un sport d’endurance et d’explosivité. 

L’entrepreneur, comme tout cycliste, est confronté à un défi de taille : celui de maintenir une performance globale sur une longue distance. La gestion de l’effort, c’est-à-dire savoir gérer les obligations et contraintes du quotidien, doit s’accompagner d’une réelle « stratégie de course » pour tenir la longueur et surtout être le premier sur la ligne d’arrivée. Comme au sein du peloton dans le dernier kilomètre, l’entrepreneur doit savoir se placer, prendre l’inspiration, jaillir et ainsi s’imposer face à ses concurrents. Dans une épreuve de montagne, lorsque l’activité économique est plus irrégulière, le temps plus menaçant, l’entrepreneur doit savoir conjuguer endurance, persévérance, puissante, agilité, ténacité mais aussi audace en attaquant là où ses adversaires ne l’attendent pas. Une attaque en descente sur route mouillée peut s’avérer toute aussi payante parfois qu’un effort solitaire sur des pentes à 10% face à des concurrents aguerris à l’exercice.

Un sport individuel qui se court en équipe. 

Le cyclisme, souvent perçu comme un sport individuel, est avant tout un réel sport d’équipe. Tout comme le cycliste, l’entrepreneur ne peut réussir seul. Il doit savoir s’appuyer sur ses coéquipiers aux profils différents (le puncher, le grimpeur, le rouleur, le coéquipier modèle,…). Mais il doit savoir aussi écouter et prendre soin de lui en suivant les consignes de ses masseurs, ses diététiciens, son directeur sportif, son manager. Le cycliste doit aussi travailler avec ses sponsors et assurer les relations publiques avec les médias dans une stratégie de carrière où l’image sait vendre la performance. Dans le même ordre d’esprit, un entrepreneur ne peut uniquement compter sur sa communication si ses performances commerciales et professionnelles ne sont pas au rendez-vous. Seul, le cycliste et l’entrepreneur ne peuvent réussir. Accompagnés et à l’écoute, ils empruntent la chemin de la victoire.

Un sport qui s’appuie sur une recherche continue de l’innovation.

Le cyclisme est aussi un sport mécanique dans lequel le vélo est l’objet de toutes les attentions mais surtout de toutes les innovations. Tout comme l’entrepreneur, la quête de la performance passe surtout par l’innovation, facteur clé de compétitivité. Il est incroyable de constater à quelle vitesse le vélo s’est profondément transformé depuis son apparition au XIXème siècle. En trois ou quatre ans, votre vélo est déjà totalement dépassé sur le plan technologique. On pense naturellement au cadre et au poids. Mais aujourd’hui, tout accessoire est source de performance, du capteur de puissance, au GPS, au test en soufflerie. Savoir conduire son entreprise au succès, c’est savoir innover, avoir toujours un coup d’avance sur les concurrents, tenir compte de chaque aspect, même le plus infime, de son produit ou de son service pour savoir correctement le positionner sur le marché. Négliger l’innovation, c’est perdre à coup sûr des places dans la course et au final totalement décrocher, malgré toute l’énergie déployée.

Un sport qui lutte contre les tricheurs. 

La lutte contre le dopage médical et aujourd’hui mécanique dans le cyclisme poursuit les mêmes objectifs que toutes les autorités de la concurrence. Du Sherman Anti-Trust Act, à la dernière décision de la Commission Européenne sur le dossier Apple, elles veillent au juste respect d’une concurrence loyale, juste et non faussée sur la marché. Dans un monde de droit, l’entrepreneur doit respecter les règles du jeu et doit pouvoir aussi compter sur l’exercice juste d’un nécessaire contrôle contre les tricheurs.

Un sport dont le terrain de jeu est mondial .

Entreprendre dans le contexte contemporain doit désormais s’entendre au sens mondial. L’entrepreneur doit penser son business model au sens global tout en s’appuyant sur ses valeurs et forces locales. L’entrepreneur ne doit plus se contenter de son marché régional car la concurrence peut aujourd’hui naître à l’autre bout du monde. Comment en effet imaginer un cycliste professionnel se contenter de sa renommée locale ? Comment imaginer une compétition cycliste dans laquelle on viendrait par esprit protectionniste interdire les coureurs étranger ? La tentation naturelle du cycliste est d’aller se frotter aux meilleurs compétiteurs mondiaux. L’entrepreneur doit lui aussi être animée par la même soif pour toujours être à l’affût des meilleurs et chercher à s’imposer. Il ne doit pas espérer le confort de son entre-soi au risque de devenir insignifiant au regard de son secteur.

Un sport qui se court aussi en équipe nationale. 

Lors des championnats du Monde, d’Europe désormais mais aussi les Jeux Olympiques, les cyclistes doivent (savent) mettre de côté leur rivalité quotidienne et leurs égos pour travailler et s’unir ensemble sous le maillot de l’équipe nationale. La sélection des meilleurs coureurs de la saison en fonction du parcours est un art difficile. Mais si l’alchimie est bonne, on peut s’attendre aux meilleurs résultats. Du Made in France à la French Tech, les entrepreneurs français doivent aussi désormais jouer collectif.

De simple métaphore sportive, comme souvent, à réelle source d’inspiration, la figure de cycliste doit être un modèle pour tout entrepreneur. Pas étonnant donc de constater que les chefs d’entreprise, notamment de TPE, sont des amateurs de sport et de cyclisme notamment. Si l’on en croit la dernière étude IFOP-Fiducial réalisée en juillet 2016, 58% des dirigeants indiquent pratiquer une activité sportive hebdomadaire. Parmi les activités les plus répandues auprès des chefs d’entreprise, le cyclisme est la troisième derrière le running et la randonnée. Des sports synonymes d’endurance, de persévérance et d’abnégation. Entrepreneur et cycliste, les similitudes sont fortes, les accointances précises et le dépassement de soi tout aussi brûlant.

Jean-Baptiste Besson est formateur-consultant en Stratégie d’entreprise, dirigeant depuis 2010 du Cabinet Besson Conseil.

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