La recette anglaise du capitalisme cognitif : les leçons de la Première Révolution Industrielle – Les Echos


LE CERCLE 

par Jean-Baptiste BESSON

Le XXIème siècle sera (est) le siècle de l’économie de la connaissance, celui du capitalisme cognitif. Nous sommes donc dans une période de transition entre un capitalisme industriel de la fin du XXème siècle et ce nouveau modèle de croissance axé sur le savoir. Les Anglais ont fait le choix depuis plusieurs années de rentrer dans cette nouvelle ère avec énergie. Et pour cause, car c’est déjà en Angleterre que la première révolution industrielle a émergé plus tôt et plus fortement qu’ailleurs dans le monde et ce grâce à une plus grande et rapide diffusion du savoir et des connaissances. Ils appliquent donc aujourd’hui les mêmes recettes que celles qui ont fait leur succès aux 17ème et 18ème siècles.

La profonde mutation sociologique de l’Angleterre au 16ème et 17ème siècles a permis l’émergence des deux premiers ingrédients essentiels à la diffusion du savoir. La liberté individuelle, tout d’abord, assurée par un Etat de droit et prolongée par un libre consentement à l’impôt dans l’esprit de la Magna Carta du 13ème siècle.

Deuxième ingrédient : l’accueil des talents. La rupture au 16ème siècle de l’Eglise d’Angleterre avec la papauté catholique, peu encline à la recherche scientifique, et l’arrivée massive sur le territoire anglais de milliers d’huguenots français – suite de la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 – vont contribuer à l’accélération de la diffusion des connaissances. Or, cette émigration s’est aussi accompagnée de nombreux transferts de technologies vers l’Angleterre. Une sorte donc de « tapis rouge déroulé » aux entrepreneurs dès le 17ème siècle.

Troisième ingrédient : le risque et son corollaire la concurrence scientifique. L’Angleterre du 18ème siècle, c’est celle de la volonté affirmée de comprendre les phénomènes naturels et de l’utilisation des mathématiques dans la formulation des expériences. Les découvertes nombreuses naissent des premières expérimentations, l’antithèse donc du principe de précaution français contemporain. Ainsi, entre 1760 et 1800, plus de 50% des innovations techniques européennes sont d’origine anglaise. Sans oublier l’importance des travaux de l’anglais Isaac Newton qui a fait entrer le monde dans le « paradigme gravitationnel ». C’est le même goût du risque qui incite aujourd’hui Londres à explorer son sous-sol en expérimentant l’extraction des gaz et pétroles de schiste, quitte pour cela à s’appuyer sur les compétences du groupe français Total.

Quatrième ingrédient : le capital. Conscient de son importance comme carburant essentiel de l’économie, Londres crée le 23 janvier 1571 la Royal Exchange, la première bourse européenne. Cela sera en effet un élément central dans l’accumulation du capital sur Londres (la Bourse de Paris n’est créée qu’en 1724, soit plus de 150 ans plus tard). Aujourd’hui encore, la capitale britannique est la première place financière européenne et entend bien le rester en misant en autre sur la négociation offshore pour le Yuan et la finance islamique. Et ce tandis que la fragile place financière parisienne est suspendue à l’avenir incertain d’Euronext.

Cinquième ingrédient : une fiscalité légère, simple et claire. L’Angleterre décide en effet dès le 17ème siècle de garantir à l’inventeur les « fruits de ses découvertes » et instaure le prélèvement d’un impôt fixe (et non plus proportionnel), stimulant la prise d’initiative et garantissant une rémunération plus intéressante à l’inventeur et aux financiers qui l’ont soutenu. Le Parlement anglais récompense aussi dès 1688 les créateurs par des concours. Immédiatement, le nombre de brevets déposés en Angleterre explose dans la décennie 1690-1699.

Liberté, stimulation des talents, prise de risque, capital et fiscalité claire. Voilà les ingrédients de la recette anglaise qui ont permis une plus rapide diffusion du savoir et des connaissances et donc l’essor de la première révolution industrielle. Riche de son histoire et de son expérience, l’Angleterre s’engage aujourd’hui dans la même stratégie. Puissent la France et l’Europe s’en inspirer rapidement, assaisonner ses cinq ingrédients et ainsi atteindre l’objectif défini à Lisbonne en 2000 de devenir « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ».

Jean-Baptiste Besson est formateur-consultant en finance d’entreprise, dirigeant depuis 2010 du cabinet Besson Conseil.

Télécharger la tribune au format pdf en cliquant ici.

La recette anglaise du capitalisme cognitif : les leçons de la Première Révolution Industrielle – Les Echos